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Sous les pavés... l'Histoire ! (3)

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Sous les pavés… l’Histoire !

En dehors de découvertes fortuites, ce n’est pas le hasard qui détermine le choix des zones de fouilles. Un site peut être pressenti comme riche en vestiges lorsqu’il existe une littérature historique à son sujet ou lorsque des témoignages cartographiques ou iconographiques en attestent.

L’analyse préalable de ces pistes aide à planifier les investigations et, lorsque les indices mis au jour vont dans le sens des hypothèses, ce sont autant de pièces du puzzle qui se mettent en place pour nous offrir une image un peu plus nette de notre passé.

Mais ces découvertes génèrent aussitôt de nouvelles interrogations qui attendent à leur tour des réponses, comme une enquête en constante évolution qui ne connaît jamais de conclusion.

 

1. L’église Saint-Remacle et le cimetière paroissiale

Parmi les certitudes, l’existence de l’église primaire Saint-Remacle et de son cimetière ne fait aucun doute. Les écrits et les plans les plus anciens l’attestent : le périmètre entourant la place du Marché correspond au cœur du vieux Verviers, son noyau originel. Il regroupe les pôles politique et commercial (halle aux draps/hôtel de ville et Marché) ainsi que religieux (l’église et le cimetière).

 

 

Mentionnée dès le 9e siècle, l’église primitive est un petit édifice roman sans prétention. On lui adjoint une tour dont l’érection débute en 1447 selon l’historien Maurice Pirenne.

Puis elle est agrandie au début du 16e siècle et mise au goût du jour (style gothique). La tour est enfin terminée et couronnée d’une haute flèche destinée à être vue de loin.

 

 

                              

 

 

Dessin de Lion datant de 1830

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

L'édifice est situé à l'arrière du promontoire qui domine le cours du ruisseau de Mangombroux.

 

 

 

plan dessiné par Gustave RUHL d'après le plan Malkin (1811).

Désaffectée en 1838 alors que la nouvelle église Saint-Remacle vient d’être construite au bout de la rue des Raines, l’édifice de la place du Marché devient un magasin à laine.

Son clocher est abattu et le bâtiment prend alors une allure lourde et trapue qu’il conservera jusqu’à sa démolition en 1882

 

 

 

 

Saint-Remacle (KIK-IRPA)

  

 

La présence de cimetières au cœur des villes a souvent généré des problèmes d’hygiène. De plus, leur développement, directement lié à la croissance démographique, se trouvait entravé par le tissu urbain environnant. En 1804, le conseil municipal de Verviers décide du transfert du cimetière dans une prairie des Récollectines, derrière la rue Spintay. Mais il faudra attendre encore 10 ans avant que les inhumations s’y déroulent.  Cependant, l'endroit est mal choisi car le sol marécageux n’est pas adapté à l’enfouissement des morts. En 1830, l’insalubrité des lieux entraîne un nouveau déménagement.

 

 

Cette fois-ci, le terrain est vraiment situé hors de la ville.

Il s’agit d’une parcelle en pleine campagne, à droite de l’ancien chemin de Limbourg. C’est l’amorce du cimetière actuel de Verviers qui connaîtra de nombreux agrandissements par la suite.

 

 

 

 

Plan communal datant du 23 mars 1835

 

2. La Sacraria

Durant l’antiquité, la séparation entre le monde des vivants et des morts était clairement établie par une distance géographique (cimetières extra-muros). Le Moyen Âge abandonne cette fracture et concentre les cimetières autour des églises. Ce modèle va perdurer jusqu’au 18e siècle, malgré de nombreux édits visant à les déplacer hors des villes.

En outre, un périmètre va être déterminé autour de chaque église : la sacraria.  Il réunit l’édifice et son cimetière en un lieu protégé par la législation canonique (concile de Tolède en 681). Dans une zone de 30 mètres autour de l’édifice, toute personne non armée jouit du droit d’asile; ceci jusqu’à l’époque moderne. C’est le principe de la terre consacrée qui donne naissance à l’enclos paroissial, terrain généralement limité par un mur qui marque la frontière entre le profane et le sacré.

 

A Verviers, la zone n’est pas réellement circonscrite par un mur continu. Elle se définit au gré des parcelles mais comporte probablement une « entrée» ou du moins ce qui pourrait se définir comme tel : l’arvô de la Maison des Vicaires.

Sur le plan primitif, ci-dessous, daté de 1822, la zone plus claire représente l’enclos paroissial encore bien visible dans le tissu urbain de cette première moitié du 19e siècle.

L’hôtel de Ville qui figure ci-dessous est celui que nous connaissons mais contrairement à ce que nous pouvons voir aujourd’hui, il est alors imbriqué dans d’autres constructions et ne se dresse pas encore  isolé au milieu de la place.

  

    Litographie de HOFFMAN de Cologne, vers 1835.

 

3. Six pieds sous terre

On pourrait croire que le déménagement du cimetière - vers Spintay dans un premier temps et ensuite vers le chemin de Limbourg - a entrainé l’évacuation de toutes les dépouilles initialement enterrées place du Marché. Mais en fait, un bon nombre reste sur place.

 

Dès le début des fouilles, tout porte donc à croire que certaines d’entre elles vont être mises au jour. Mais pas aussi rapidement !

En effet, après le raclage du bitume, lorsque la pelleteuse ôte les pavés, là, juste en dessous, apparaît un squelette dont la boîte crânienne est coupée en deux.

Une horrible torture moyenâgeuse ? Non, pas du tout ! Juste les dommages que viennent de causer les dents de la machine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         

                 

 

  

Un peu plus loin, deux squelettes superposés apparaissent ! La tête de l’un repose sur le thorax de l’autre.

Si près de la surface, pourrait-il s’agir de corps récents ? Non, impossible. On n’enterre plus ici depuis plus de 200 ans. Et puis, pour des raisons de salubrité publique évidentes, les dépouilles ont toujours été enfouies bien plus profondément.

Rappelons-le, la butte dominant le ruisseau de Mangombroux et sur laquelle le noyau de Verviers s’est construit a été arasée afin d’obtenir une surface plane. Ces corps devaient initialement être recouverts de plus d’un mètre de terre.

Plus qu’une expression, « six pieds sous terre » est également un usage remontant au 16e siècle. Afin d’éviter que les corps soient déterrés par des chiens, voire des cochons errants, un règlement définit une profondeur de 6 pieds. Si l’on considère qu’un pied représente 30 cm, on obtient une toise, soit 1. 80 mètre. Bien sûr, ces dimensions ont dû connaître des variations selon les régions et la nature du terrain mais on peut estimer qu’ici le niveau du sol était, sans aucun doute, supérieur d’un mètre, voire même 1 mètre 50, à celui que nous connaissons actuellement.

 

4.  L’archéo-anthropologie

L’étude des morts est une importante source d’informations sur le monde des vivants. La position des corps, la présence éventuelle d’objets, l’état des os, de la dentition, les traces de maladie ou de traumatismes témoignent de la santé des populations autant que des usages liés à la mort.

Dans l’attente du résultat des analyses scientifiques, Marie THERY, l'anthropologue, observe les éléments en sa possession.

  • La position du corps : les ossements bien en place qui dessinent un corps complet suggèrent l’usage du linceul. Ici, les traces du contour d’un cercueil en bois sont également bien visibles.

La superposition des deux squelettes ne signifie pas une inhumation commune mais l’empilement de cercueils qui, avec le temps, ont vu leurs parois céder à la pression de la terre et les deux corps se rejoindre dans le même espace.

  • Dentition : les dents mises au jour sont assez usées. S’agit-il pour autant de sujets âgés ? 

 

Pas nécessairement. Au moyen-âge, certaines composantes de la nourriture ont un pouvoir abrasif élevé.

L’exemple du pain est très parlant. Dans les moulins, les céréales  sont broyées sur des meules dont se détache de la poudre de pierre qui se mêle à la farine. Aliment de base consommé à l’époque jusqu’à 1 kg par jour et par personne, le pain devient donc un facteur déterminant de l’usure dentaire.

Les individus, même jeunes, pouvaient donc avoir un émail prématurément abimé. 

 

  

 

 


  

Ci-contre à gauche, une dent dont l’état mérite des   analyses approfondies. S’il s’agit d’une carie, elle a sans nul doute fait souffrir son propriétaire.

 

Pour le reste, il faudra  attendre un peu. Les études anthropologiques doivent encore se poursuivre en laboratoire.

Sommes-nous en présence d’hommes ou de femmes ? Peut-on  déterminer la cause de leurs morts ? Les éléments chimiques stockés dans leurs os nous informent-ils sur leur environnement, leurs habitudes alimentaires, les maladies dont ils ont souffert ...?

 

Véritables mines de renseignements, ces dépouilles ont encore bien des choses à nous apprendre sur les conditions de vie au Moyen-Age à Verviers.

 

 

 

 

 

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