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SOUS LES PAVES...L'HISTOIRE ! (2)

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2019—2e Campagne de fouilles.

 

15 avril 2019, les barrières Heras bloquent la moitié de la place à l’arrière de l’Hôtel de Ville. Le périmètre des fouilles est défini. Les containers destinés à accueillir les bureaux de l’équipe d’archéologues ont été installés la veille.  Les choses sérieuses vont commencer. La pelleteuse entre en action et racle le tarmac.

1. Sous les pavés… l’Histoire est parfois récente

Mètre après mètre, le vieil appareillage de pavés est mis au jour. Si, dans un premier temps, il semble presque intact, de larges manques ne tardent pas à apparaître.

Ces zones vides présentent une structure particulière. Loin d’être aléatoires, elles forment un dessin précis : deux lignes de zigzags parfaitement parallèles !

Il  ne peut donc s’agir de dégradations accidentelles de la voirie. Ces traces, relativement récentes, révèlent donc une intervention spécifique dont la cause est presque tombée dans l’oubli.

  

 

 

 

   

  Distantes de près d'un siècle, ces deux photos ont pourtant bien des points communs. Le pavement mis au jour lors des fouilles pourrait être le même et, malgré quelques modifications, les maisons à l'arrière-plan sont toujours là et forment un ensemble architectural homogène.

   

 

l faudra peu de temps pour connaître l’origine de ces traces et ce sont des passants, intéressés par le travail en cours, qui donneront la solution. Durant la seconde guerre mondiale, l’arrière de la place du Marché a été creusée de tranchées. Les zigzags étaient destinés à réduire les effets des tirs en enfilade ainsi que l'impact des obus.  Réalisées par la défense aérienne passive, les tranchées devaient protéger la population des attaques aériennes. C’est du moins ce que l’on entend dire.

Mais pour en savoir plus, le recours aux archives est nécessaire et les recherches tâtonnent…

Quelques photos d’époque existent bien, prouvant, si besoin est, la présence de ces ouvrages un peu partout dans la ville et les communes avoisinantes.

 

 

Ci-contre, les tranchées de la place du Marché prises par Armand RUWET, après la libération, comme l’indique le drapeau belge au fond, à gauche de la photo.

On retrouve le double tracé en zigzags visible sur la photo aérienne.

 

 

Trois questions se posent alors :

 - A quel moment du conflit les tranchées ont-elles été creusées ?

- Qui en sont le commanditaire et les bénéficiaires ?

- De quelles attaques doivent-elles protéger ?

Tranchée du Parc Fabiola, rue du Théâtre.

Dès 1940, Verviers est survolée par les avions des forces alliées se rendant vers l’Est pour larguer leur cargaison. Les objectifs sont ciblés mais les erreurs d’appréciation sont loin d’être rares. La Royal Air Force et l’United States Army Forces occasionnent presqu’autant de dégâts et de pertes humaines que les tirs de V1 des Allemands en fin de conflit.

Le « Rapport sur la situation et l’administration des Affaires communales de Verviers » mentionne dès 1941 les dégâts et incendies dûs aux bombardements.

 

 

L’attaque « stratégique » du 5 avril 1943 par la R.A.F. sur l’usine Erla, près d’Anvers, en est un bon exemple. Si le complexe est partiellement touché, la population civile l’est plus encore : 936 morts et 1600 blessés parmi les habitants du village de Mortsel.

Le Collège du 25 octobre 1943 reconnaît des « alertes aériennes tant diurnes que nocturne qui atteignent  une fréquence de plus en plus marquée » .

Le 27 octobre et le 13 décembre de la même année, la décision est prise de l’aménagement de plusieurs abris.

 

                                                                                   Tranchées du Parc Astrid, à l’arrière du Théâtre

 

Et toujours ce Collège, composé en partie de rexistes, « considérant que l’extension donnée à l’arme aérienne dans le conflit actuel provoque des ravages de plus en plus grands parmi les populations civiles » opte pour la construction de tranchées/abris dans plusieurs établissements scolaires (05/05/1944).

Lors du Conseil du 19 novembre 1944, épuré de ses brebis galeuses, l’Echevin Gaspard dit clairement « Contrairement à l’opinion générale, ces tranchées n’ont pas été ouvertes à l’intervention de l’Administration communale mais bien par l’Administration des Ponts et Chaussées et sans nous demander notre avis ». Du débat qui s’ensuit, il apparaît bien que ces travaux sont antérieurs à la libération.

Les tranchées figurant sur nos photos ne datent pas des attaques des V1 allemands. Commanditées par l’administration des Ponts et Chaussées durant l’occupation, elles étaient destinées à protéger les civils des bombardement alliés.

De plus, loin de convaincre par leur efficacité, elles polarisent les critiques. Une voiture est tombée nuitamment dans celles de la rue des Raines. N’étant pas éclairées pour cause d’occultation obligatoire, elles représentent effectivement un danger. En cas de fortes pluies, elles sont remplies d’eau et celles de la place Saucy servent de latrines…

Et pour notre équipe d’archéologues, cette première découverte a un peu le goût de la déconvenue. En effet, le sous-sol, retourné par le creusement des tranchées risque de ne plus livrer autant d’indices que souhaité… D’un autre côté, ces traces entrent pleinement dans le champ de recherche de l’archéologie car, en voie d’oubli, elles ont pourtant marqué de leur empreinte la place du Marché à un moment important de l’histoire de Verviers.

 

    2. Un socle en béton

Le parterre en pente situé au sud de la place arrière de l’hôtel de Ville est dépouillé de ses plantations et la terre mise à nu. Ici aussi, l’Awap espère découvrir des vestiges déterminants.

Mais les outils buttent bientôt sur un obstacle dur comme de la pierre. Il s’agit pourtant d’une large dalle en béton qui ne s’apparente pas vraiment aux restes d’une muraille d’enceinte.

 

 

 

La découverte ne date pas du moyen-âge, c’est une certitude. Une ancienne carte postale vient confirmer son origine bien plus récente.

 

                

        

Le « Rapport sur la situation et l’administration des Affaires communales pour l’années 1937 », mentionne, dans la rubrique « Téléphones », l’enlèvement du pylône, place du Marché et, subséquemment, le câblage d’une série de rues aux alentours.

On retrouve des exemplaires identiques à celui-ci dans plusieurs rues de Verviers et des communes environnantes.

           

 

 

   Pylône à côté de l'église Saint-Remacle.

 

 Place de la Pisseroule à Dison

 

 

 

 

 

 

     

Cependant, l’absence de câblage aérien visible sur la photo du pylône de l’Hôtel de Ville et le fait qu’aucune trace de câblage sous-terrain n’aie été trouvée posent question.

Des recherches sont encore nécessaires pour déterminer l’usage et la datation précise de ce réseau de pylônes.

  

Ci-contre Grand-place à Ensival.

Ainsi que le déclare un des archéologues affecté au chantier « Ce genre de découvertes ne manque pas d’intérêt. Elle fait partie des souvenirs presque effacés et qu’il est bon de tirer de l’oubli ». Quand les générations qui nous précèdent disparaissent, c’est une part de notre passé qui s’évanouit.

 

Accédez à l'épisode 1.

Un merci tout spécial à l'Agence Wallonne du Patrimoine pour ses documents ainsi qu'à M. Lagasse de Locht.

 

 

 

 

 

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