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Prix Marie Mineur

Depuis 2018, la Ville de Verviers remet le prix Marie Mineur à une Verviétoise qui se distingue. Ce prix remplace le prix Olympe de Gouges qui a été remis par l’arrondissement de Verviers du Conseil Francophone des Femmes de Belgique de 1997 à 2017.

 

 MARIE MINEUR

Militante ouvrière, féministe et laïque, née à Hodimont le 30 septembre 1831, décédée à Thimister le 18 mai 1923.

Fille d’un ouvrier de l’industrie textile verviétoise et d’une mère ménagère, Marie Mineur, orpheline de père à l’âge de cinq ans, entre à l’usine lorsqu’elle en a huit à peine, comme 5 à 6 % des enfants de la classe ouvrière verviétoise à l’époque. Elle travaillera plus tard comme servante, femme de ménage, blanchisseuse ou encore en tant que vendeuse chez un négociant.

Elle épouse Jean-Joseph Bastin, un travailleur de la métallurgie (à ne pas confondre avec ses homonymes Hubert et Pierre Bastin qui seront des militants de la Ière Internationale), en 1849 mais ne vit pas avec lui plus de quinze ans. Veuve en 1882 et sans enfant, elle se remarie l’année suivante avec Jean-François Maréchal, tisserand.

Marie Mineur est âgée de 41 ans lorsqu’en février 1872 elle adhère à la « Société libre de secours mutuels des femmes », première organisation féminine verviétoise créée à cette date dans le giron de la Fédération de la Vallée de la Vesdre de l’Association Internationale des Travailleurs. Le mouvement ouvrier verviétois a pris son essor quatre ans plus tôt, sous l’impulsion essentiellement de Pierre Fluche dans la foulée de la fondation du groupe des « Francs-Ouvriers » et de leur journal Le Mirabeau à la fin de 1867. Un an plus tard à peine, ceux-ci ont suscité la naissance d’une dizaine de sections locales et d’autant de syndicats de métiers adhérant à l’Internationale et constituant une des Fédérations les plus dynamiques de la section belge.

À la fois mutuelle et cercle d’instructions à ses débuts, le groupe de travailleuses se mue en une « Caisse de résistance des femmes » à l’été 1872 et s’engage dans deux combats : l’émancipation féminine et la laïcité, cette dernière étant vue comme une condition de l’émancipation compte tenu de l’emprise catholique sur l’éducation. Marie Mineur témoigne dans Le Mirabeau, où elle apparait de plus en plus comme une des principales animatrices de la « Section des femmes » de l’Internationale. Celle-ci est la deuxième du genre en Belgique après une éphémère section créée à Montigny-sur-Sambre en 1870, mais les militantes verviétoises resteront actives, elles, jusqu’en 1878.

De 1872 à 1879, Marie Mineur publie régulièrement dans le Mirabeau des articles, souvent sous forme de correspondances. Elle prend la parole lors de plusieurs meetings de l’Internationale dans la région verviétoise mais aussi à Liège et dans sa banlieue, toujours pour souligner la nécessité de l’instruction laïque et de l’association des travailleuses au service de la révolution, en s’affirmant sans ambiguïté comme socialiste révolutionnaire à une époque où les sections verviétoises de l’Internationale sont nettement sous l’influence des idées de Bakounine.

Marie Mineur se rend aussi dans la région de La Louvière en 1874, à l’invitation d’une section de femmes qui s’est créée alors à la Hestre qui sera suivie, fin octobre, par une autre section de femmes à Besonrieux. L’une et l’autre sont éphémères, alors que celle des Verviétoises continue d’être représentée dans les congrès de la section belge en 1874, des socialistes flamands et bruxellois en 1877, ainsi qu’au dernier congrès de la Première Internationale à Verviers la même année et au Congrès socialiste universel à Gand dans la foulée de celui‑ci.

Après l’essoufflement de l’Internationale à Verviers à la fin des années 1870 seulement, Marie Mineur s’investit progressivement de plus en plus dans le combat pour la laïcité, comme bon nombre de militants ouvriers à cette époque, tout en restant fidèle au combat pour l’émancipation ouvrière.  En 1877, elle figure parmi les fondateurs d’un deuxième cercle de libre-penseurs verviétois, l’Athéisme, et elle est également active au sein des Ouvriers solidaires, organisateur d’enterrements civils, au point d’en devenir un des six membres du comité, où elle est la seule femme. C’est à son initiative que cette association tente à partir de 1878 d’organiser deux fois par mois des cours d’instruction laïque pour les enfants du peuple, et qu’elle met sur pied le 22 décembre 1878 une «fête des enfants », sorte de Noël laïque anticipant sur les futures « fête de la jeunesse ».

Marie Mineur se révèle ainsi aussi active dans l’action laïque qu’elle ne l’avait été dans la section des femmes de l’Internationale. Elle participe à des réunions et des congrès un peu partout dans la région verviétoise mais aussi à Bruxelles et à nouveau en Hainaut. Avec une Bruxelloise, elle est une des deux seules femmes que les dirigeants belges de la laïcité recommandent pour parler dans les cercles rationalistes qui cherchent une oratrice.

On la retrouve dix ans plus tard, à la fin des années 1880, sous le nom de citoyenne Maréchal, dans des meetings politiques organisés par la coopérative socialiste verviétoise. Elle est toujours à la pointe du combat rationaliste au sein du Cercle verviétois de la Libre pensée dont la vingtaine de membres féminines auront à leur actif l’organisation à Verviers de la toute première « fête de la jeunesse » laïque organisée en Wallonie, en mai 1888, une fête dont Marie Mineur restera la cheville ouvrière au moins jusqu’en 1897. Cette manifestation sera organisée à la Maison du Peuple de Verviers chaque dimanche de Pentecôte jusque 1906 au moins, par l’un ou l’autre cercle rationaliste verviétois.

Marie Mineur tombe alors dans l’oubli et lors de son décès en 1923 à l’âge de 92 ans, pas une ligne n’est consacrée à sa disparition. Le nom de Marie Mineur sera pris comme porte-drapeau un demi-siècle après sa mort par des féministes louviéroises qui seront elles aussi particulièrement actives en milieu ouvrier dans les années 1970, rendant ainsi hommage à une des rares figures féminines et féministes du mouvement ouvrier belge au XIXe siècle.

 

Freddy JORIS, Marie Mineur, Marie rebelle, Waterloo, Avant-Propos, 2013.

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